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Sénégal-Mauritanie: Un voisinage aux allures d’un volcan assoupi

La sombre histoire partagée par le Sénégal et la Mauritanie semble être oubliée. Au début des années 90, un conflit ouvert éclata, écartant toute solution diplomatique. Le Sénégal et la Mauritanie menèrent un affrontement sauvage sous l’égide de leurs gouvernements respectifs. Cet événement, communément évoqué dans notre langage populaire, a entraîné des actes de barbarie dans les deux pays, visant aussi bien des résidents sénégalais que mauritaniens.

Il paraît que ces atrocités ont été perpétrées aussi bien par des Sénégalais que par des Mauritaniens. Sans entrer dans les détails, ces événements des années 90 ont été déclenchés par des crises cycliques opposant les agriculteurs sénégalais du Nord aux éleveurs mauritaniens, notamment sur l’accès aux terres et aux pâturages. Mais ils trouvent aussi leurs racines dans des tensions ethniques. En Mauritanie, la majorité arabe et berbère a imposé une discrimination sans précédent aux populations peules et wolof.

Aujourd’hui, le gouvernement mauritanien a commencé à expulser des Sénégalais à la frontière et à commettre des massacres. Révoltés par ces actes de barbarie, des citoyens sénégalais ont, à leur tour, exercé des représailles similaires contre les Mauritaniens établis au Sénégal. Cette répression aveugle de la part des autorités mauritaniennes à l’encontre des populations noires issues du Sénégal a alimenté la colère des Sénégalais, qui ont ensuite riposté violemment contre les Mauritaniens, sous la bénédiction indirecte des deux gouvernements.
Ces événements ont conduit à une rupture radicale des relations diplomatiques entre ces deux pays frères, qui ont frôlé un conflit armé.
Aujourd’hui, nos diplomaties ont beaucoup à faire face aux événements malheureux qui se déroulent actuellement en Mauritanie. Des ressortissants sénégalais sont bloqués à la frontière avec la Mauritanie, subissant un traitement inhumain et dégradant. Lors de la dernière session plénière, les députés ont abordé cette question de manière partielle, alors qu’elle mérite une attention particulière.
Sur le plan géographique, le Sénégal partage une frontière terrestre et maritime avec la Mauritanie. Et si l’on se rappelle bien, de nombreux pêcheurs sénégalais, notamment ceux originaires de Saint-Louis et du quartier de Guet-Ndar, ont été abattus par les garde-côtes mauritaniens. Sans compter l’importante communauté sénégalaise vivant en Mauritanie, et vice versa.
Sur le plan économique, le Sénégal et la Mauritanie partagent désormais la plateforme gazière Grand Tortue Ahmeyim. Ce gaz doit être le cordon ombilical, le trait d’union entre ces deux pays. À défaut, des forces extérieures risquent d’envenimer les tensions et d’en tirer profit. Le monde nous observe, les forces du mal aussi. Gérons donc nos différends avec lucidité et sans émotions excessives.
Le Sénégal et la Mauritanie doivent privilégier une diplomatie de bon voisinage, qui constitue l’un des piliers majeurs de notre politique étrangère. L’histoire nous enseigne que l’escalade des tensions ne profite à personne. Une approche fondée sur le dialogue, la coopération et le respect mutuel est la seule voie possible pour garantir la stabilité et préserver les intérêts des deux peuples.

Nous devons nous rappeler que le destin de nos nations est lié. Une tentative de division ne serait rien d’autre qu’un suicide collectif. L’histoire, la géographie et l’économie nous unissent. Il est temps d’activer notre diplomatie et de résoudre ce problème avec sagesse et responsabilité.

Mouhamed Rassoul Gueye journaliste

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